Le tutorat des étudiants en médecine s'organise face aux prépas privées

Le Monde, 6 Août 2013 : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/08/06/le-tutorat-des-etudiants-en-medecine-s-organise-face-aux-prepas-privees_3457942_3224.html

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Offrir une alternative efficace et gratuite aux prépas coûteuses qui attirent en nombre les candidats aux études de médecine : c'est l'objectif des tutorats mis en place, à la veille de la rentrée, par des étudiants bénévoles de deuxième et troisième années.

Les quelque 42 000 bacheliers attirés par la médecine sont en train de s'inscrire dans les 36 facultés que compte la France pour effectuer leur première année commune des études de santé (Paces). Celle-ci sera sanctionnée par un concours très sélectif, dont à peine 8 000 candidats réchapperont. Pour se donner les meilleures chances de réussite, nombre de ces étudiants se précipitent vers des cursus privés, organisés au prix fort environ 750 euros la semaine juste avant la rentrée.

Face à cette surenchère, le tutorat entre élèves, rendu obligatoire dans les études de santé par la loi sur l'autonomie des universités d'août 2007, ne prend plus seulement la forme de concours blancs, de "colles", de forums organisés en cours d'année, mais aussi, fréquemment, de sessions préparatoires avant la rentrée.

Ce tutorat est soutenu par les universités, qui prêtent les locaux et les personnels, et des professeurs qui supervisent les examens et leur correction. "Nous avons de meilleurs résultats que les prépas privés car nous sommes passés par là : nous connaissons les attentes du jury et l'état d'esprit des étudiants", assure Etienne Haussaire, président du cercle des étudiants tuteurs de Paris-Descartes, qui compte une soixantaine de membres, et l'un des animateurs de la coordination des sept facultés franciliennes.

"SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE"

Toutes proposeront, cette année, une session d'une semaine ou deux, au prix de 10 euros (coût des polycopiés) pour préparer les futurs étudiants au xmatières difficiles. "Passer des classes du lycée à un amphi, revivifier ses vieux souvenirs de chimie, de biologie, de physique n'a rien d'évident pour un lycéen et il n'a pas un mois pour trouver ses marques : il faut être au taquet dès le premier jour de cours",confie Baptiste Lafont Rapnouil, également tuteur à Descartes. "Chaque semaine, les tuteurs proposent des concours blancs, par matière, corrigés dans la journée, qui permettent aux étudiants de se situer et de travailler avec régularité, ce qui est le secret de la réussite", détaille Etienne Haussaire.

Leur rôle va jusqu'au conseil en orientation et réorientation, pour choisir les bons ouvrages, et court-circuite le marché noir des polycopiés d'anciens étudiants. "Les parrains sont aussi un soutien psychologique. J'en ai moi-même bénéficié en première année, sous forme de SMS, de mails, de relances régulières et d'encouragements, notamment pendant les périodes difficiles d'avant-concours, et cela a été primordial pour moi", se souvient Elisa Louppe, vice-présidente, chargée de la pédagogie du tutorat à Paris-Descartes.

Compte tenu de la masse des effectifs 2 500 étudiants en première année à Paris-Descartes, 900 à Versailles... , le tutorat exige une organisation quasi militaire. "Lorsque vous voyez débouler 1 300 étudiants pour un concours blanc, vous avez intérêt à bien préparer votre coup", prévient Quentin Degez, responsable du tutorat à Versailles-Saint-Quentin. "On ne manque jamais de tuteurs car nous voulons tous rendre ce que nous avons reçu : le tutorat entretient un cercle vertueux", se félicite-t-il.